Geneviève Québriac détourne les supports publicitaires pour en faire des objets ou des vêtements. Une façon poétique de jouer avec ce qui pollue notre quotidien... La jeune femme expose actuellement deux de ses modèles à Rennes.Depuis la fenêtre de son appartement du centre-ville rennais, Geneviève Québriac, agrégée et docteur ès arts plastiques, étudie ses contemporains. Le samedi matin, elle voit ainsi les passants affluer, chargés de sacs de supermarché ; l’après-midi, ils courent dans l’autre sens avec les sacs siglés des enseignes de vêtements. « En fonction de ce qu’elles portent à la main, nous pouvons identifier le chemin parcouru par ces personnes. Ces sacs plastiques font de nous de véritables véhicules promotionnels », remarque-t-elle. De cette observation du quotidien est né le travail de cette artiste plasticienne de 38 ans. Depuis sept ans, elle prend appui sur les supports publicitaires qu’elle manipule et détourne pour en faire autre chose. « Il s’agit pour moi d’observer ces signes identitaires que sont les logos ou les slogans et de les transporter dans le champ de l’art pour voir ce que cela devient ». Ce qui caractérise Geneviève Québriac, c’est sa capacité à détourner l’objet, à l’extraire de sa fonction première.
Ainsi les sacs plastiques sont-ils découpés, cousus, collés ou assemblés pour confectionner des vêtements à porter (manteau avant-gardiste ou encore tablier) ou à suspendre. Les logos sont tronqués, masqués, pour retrouver leur fonction première.
Deux de ses créations exposées
L’artiste présente deux de ses créations à l’exposition « Lorsque Rennes conjugue mode et talents » qui se tient jusqu’à dimanche à l’office de tourisme de Rennes Métropole. Elle a imaginé, à partir de drapeaux publicitaires, un kimono boule et un manteau tellement ample qu’il n’a pas vocation à être porté. « C’est plutôt un vêtement abri, à l’image des Vierges de la Miséricorde qui protègent les gens sous leur très grand manteau », explique-t-elle. Inspiré de l’actualité, ce manteau-tente fait écho à la réalité des sans-abri. Les slogans des drapeaux publicitaires utilisés prennent alors un autre sens : « Dépenser moins, dépenser mieux », « Créer son intérieur », « Aménager son intérieur ». Geneviève Québriac nous propose ainsi une œuvre qui oscille entre lecture critique et regard poétique. Son travail serait-il une dénonciation de la société de consommation. « Non, il s’agit plutôt d’un constat. Je tente de proposer une vision personnelle de tous ces signes identitaires qui nous entourent. Ce qui m’intéresse, c’est que le spectateur s’interroge. Notre identité se construit-elle par rapport à ce que l’on porte ? Sommes-nous obligés de passer par cet étiquetage imposé ? Qu’en faisons-nous ensuite ? J’essaie juste de prendre de la distance ».
Jusqu’à dimanche, l’office de tourisme de Rennes Métropole accueille huit créateurs de mode rennais dans une exposition intitulée « Lorsque Rennes conjugue mode et talents ».
Anne-Claire Loaëc
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